La méningite cryptococcique (MC) reste une cause majeure de mortalité chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) en Afrique subsaharienne. Elle est responsable d’environ 19% des décès liés au sida dans le monde. Une analyse récente, publiée dans BMJ Global Health (février 2026), évalue la conformité des lignes directrices nationales de 46 pays d’Afrique subsaharienne aux recommandations de l’OMS 2022 sur la prévention, le diagnostic et le traitement de la MC.
Méthodologie et résultats de l’étude
Les auteurs ont systématiquement recherché les recommandations nationales au moyen de moteurs de recherche, de sites gouvernementaux et de bureaux de pays de l’OMS, de contacts directs avec les ministères de la Santé, ainsi que de bases comme l’International AIDS Society et le HIV Policy Lab.
Parmi les 46 pays, 37% (17/46) ne disposaient pas de directives accessibles pour le dépistage et le diagnostic, et 35% (16/46) pour le traitement.
Au total, 21% (10/46) se conforment aux mesures de prévention de l’OMS et 30% (14/46) aux mesures diagnostiques. Seulement 13% (6/46) intègrent le schéma d’induction recommandé par l’OMS, qui utilise l’AmBisome® à forte dose (10 mg/kg/j).
Rappel des recommandations de l’OMS
Les recommandations de l’OMS comprennent entre autres :
- Le dépistage de l’antigène cryptococcique chez toutes les personnes vivant avec le VIH ayant un taux de CD4 inférieur à 100/µL.
- En cas de positivité, l’initiation d’un traitement préventif par fluconazole et la recherche de l’antigène et/ou du germe dans le LCS.
- Un protocole thérapeutique d’induction associant amphotéricine B liposomale à forte dose, 14 jours de flucytosine à 100 mg/kg/jour et de fluconazole à 1 200 mg/jour, suivis de 800 mg/jour de fluconazole pendant 8 semaines à la phase de consolidation, puis 200 mg/jour de fluconazole jusqu’à reconstitution immunitaire.
- Le report de l’instauration d’un traitement antirétroviral de 4 à 6 semaines après le début du traitement antifongique, afin d’éviter le syndrome inflammatoire de reconstitution immunitaire (IRIS).
Contraintes à l’application des recommandations
Si les difficultés logistiques, la formation insuffisante du personnel et certains blocages culturels et traditionnels sont régulièrement incriminés pour expliquer les limites en matière de prévention et de diagnostic, l’application des mesures thérapeutiques se heurte surtout au coût élevé de l’amphotéricine B liposomale (> 250 USD/patient). Elle n’est pas disponible dans environ 80% des pays, entraînant un recours fréquent au fluconazole seul (coût < 10 USD), nettement moins efficace.
Par Dr Euclide OKOLOU
Lire l’article original sur BMJ
