Le gynécologue Alain Ngabogo a récemment attiré l’attention de ses confrères sur une déviation observée dans certains comptes rendus d’échographie abdominale : la conclusion de « colopathie fonctionnelle » ou de syndrome de l’intestin irritable (SII) à partir de la seule échographie. Cette interpellation est pertinente, car l’échographie est un examen morphologique utile pour rechercher une pathologie organique, mais elle ne permet pas, à elle seule, de poser le diagnostic de SII.
Cette mise en garde a été appuyée par le Dr Armel Mbita, hépato-gastro-entérologue à Brazzaville, qui a rappelé que le SII, autrefois appelé colopathie fonctionnelle, est un diagnostic clinique et que la présence de gaz intestinaux à l’échographie n’en constitue pas un critère diagnostique.
Une confusion à éviter
L’échographie abdominale peut aider à exclure certaines causes organiques de douleurs abdominales ou de troubles du transit. En revanche, elle n’identifie pas de signe spécifique permettant d’affirmer un syndrome de l’intestin irritable.
Conclure à une « colopathie fonctionnelle » sur cette seule base expose à deux risques :
– Ancrer trop tôt un diagnostic insuffisamment fondé
– Retarder la recherche d’une pathologie organique réelle
Ce que dit Rome IV
Les critères de Rome IV définissent le SII par une douleur abdominale récurrente, en moyenne au moins 1 jour par semaine au cours des 3 derniers mois, associée à au moins 2 des éléments suivants :
– Relation avec la défecation
– Modification de la fréquence des selles
– Modification de la consistance ou de la forme des selles
Les symptômes doivent avoir débuté depuis au moins 6 mois avant le diagnostic
Signes d’alarme
Comme l’a rappelé le Dr Mbita, certains éléments imposent une évaluation plus poussée :
– Perte de poids inexpliquée
– Sang dans les selles
– Fièvre ou anémie
– Début tardif des symptômes
– Antécédents familiaux de cancer colorectal ou de MICI
Une rédaction plus rigoureuse
Dans un compte rendu d’échographie, il est plus juste de décrire les constatations objectives et, si besoin, de conclure à l’absence d’anomalie échographique significative, avec corrélation clinico-biologique recommandée. Le SII reste un diagnostic clinique fondé sur Rome IV et l’analyse des signes d’alarme, non un diagnostic échographique
Euclide OKOLOU
